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BYE BYE FRANK

 

Frank Lowe est né le 24 juin 1943 à Memphis dans le Tennesse. Enfant, il étudie le piano puis le saxophone. Il adore le rock et plus particulièrement les solos de saxophone qui fleurissent dans nombre de productions Stax. Employé dans un magasin de disques de l’écurie Stax, il côtoie Otis Redding, Rufus Thomas, Isaac Hayes, Sam & Dave.

C’est sur les conseils d’un client qu’il écoute la musique d’Ornette Coleman. C’est un choc ! «pour moi, Ornette, Dolphy, Lester Young, c’était du jazz, je n’arrivais pas à différencier l’avant-garde du jazz dit classique. C’est plus tard que j’ai compris que les gens séparaient le swing, le be-bop et l’avant-garde. Ce que je voulais faire, moi, c’était rassembler ».

Installé en Californie, Frank rencontre le saxophoniste Sonny Simmons et le contrebassiste Donald Rafael Garrett, musicien fondateur de l’AACM (Association For The Advencement of Creative Musicians) à Chicago. Toute sa vie durant, Frank clamera son admiration pour l’expérience collective de l’Art Ensemble of Chicago.

En 1967, le saxophoniste s’installe à New-York. Pendant deux ans, il joue avec Sun Ra. Malheureusement, aucune trace discographique ne témoigne de son passage au sein de l’Arkestra. En 1971, il participe à sa première séance d’enregistrement aux côtés du chanteur de blues Floyd White puis retourne vivre en Californie.

De retour à New-York, il va intégrer le groupe de la pianiste et harpiste Alice Coltrane, la veuve de John Coltrane. Il va alors enregistrer Duo Exchange en duo avec Rashied Ali, l’ultime batteur de John Coltrane.

La suite est connue, de nombreux disques pour les labels italiens Black Saint et Soul Note, de nombreuses collaborations avec des musiciens aussi différents que Don Cherry, Eugene Chadbourne, Billy Bang (avec qui il devait se rendre en Europe cet automne), Jayne Cortez, Bertha Hope, Joe Mac Phee. Nous l’avons souvent vu en France aux côtés du contrebassiste Bernard Santacruz. Trois disques attestent de cette magnifique rencontre.

Frank Lowe s’est éteint le 19 septembre 2003 des suites d’un cancer du poumon.

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 Pour Frank :

« Je me souviens d’abord de ce son énorme, de ce son chaud qui nous enveloppait dès la première note. Dans ce son, toute l’histoire de jazz ; Lester, Ornette Trane et puis ce cri, le tien, véritable cri d’amour qui a protégé et nourri toutes celles et tous ceux qui ont joué avec toi. Bien modestement, j’ai fait partie du lot ; merveilleux moments entre doutes et euphories (c’était avec Bernard Santacruz, Lionel Garcin, Véronique Magdelenat, modèles absolus de générosité). Car voilà la clé, Frank, tu n’as jamais joué qu’avec des musiciens qui avaient pour principe premier celui du partage et de la générosité. J’aurais tant aimé te revoir une nouvelle fois, et malgré la barrière de la langue, parler de tes nouveaux projets, de tes nouveaux disques. Frank, tu étais intarissable sur l’histoire du jazz, tu connaissais tant et tant de disques et de musiques. Bye bye Frank ! »

 

 

 

 

FRANK LOWE

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Discographie commentée

 

 

Frank Lowe était un musicien d’une générosité exemplaire. A l’occasion de deux rencontres, il avait bien voulu revenir sur ses enregistrements passés.

 

 

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RASHIED ALI – FRANK LOWE

Duo Exchange (1973)

(Knit Classics 3020 / Orkhêstra)

« A l’époque, je ne savais pas que John Coltrane et Rashied Ali avaient enregistré en duo. C’était une session qui devait se faire en quartet avec Alice Coltrane, Jimmy Garrison, Rashied Ali et moi mais pour des raisons d’indisponibilité d’Alice, nous l’avons fait en duo. Don Cherry était dans le studio mais je n’ai pas eu la présence d’esprit de l’inviter, ce que je regrette souvent ».

 

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FRANK LOWE

Black Beings (1973)

(ESP 3013)

« Quand je suis arrivé à New-York, on m’avait prévenu que le bizness n’était pas forcément honnête mais le simple fait qu’Albert Ayler ou Sun Ra aient enregistré sur ESP était suffisant. Je voulais faire partie du lot. C’était un passage possible pour aller vers de plus gros labels. J’ai utilisé cette logique et ça a marché. C’était un rêve qui se réalisait. Nous avions fait d’autres enregistrements live mais ils étaient trop collectifs pour que je puisse les sortir sous mon nom. L’improvisation collective était quelque chose d’assez neuf pour moi et je ne la maîtrisais pas totalement. A cette époque, j’écoutais le Kuku Se Mama de John Coltrane. Je voulais mêler le son de Coltrane à celui de Pharoah Sanders ».

 

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FRANK LOWE

Fresh (1975)

(Black Lion 760214 / Harmonia Mundi)

« A cette période, j’ai commencé à étudier le style de Wayne Shorter. Il a fallu que je prenne des modèles pour améliorer mon concept, le son, le placement au sein du groupe. Au niveau du timbre, Wayne est assez près de Coltrane, mais pas du tout au niveau du phrasé. Je voulais explorer de ce côté-là. Il ne faut pas se répéter et j’avais besoin d’étudier, d’avoir des modèles. Je me suis retrouvé en studio avec Lester et Joseph Bowie car se sont des musiciens qui m’ont toujours inspiré. J’aurais tellement aimé participer à l’aventure de l’AACM et de l’Art Ensemble of Chicago. J’aime beaucoup Fresh. Je suis fier de tout ce que j’ai fait mais surtout de ce disque-là ».

  

 

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DON CHERRY

Brown Rice

(A & M Records 397 001)

« A cette époque, j’essayais de mélanger King Curtis, Junior Walker et Coltrane. Ça amenait à une espèce de funk exotique. J’essayais aussi de mélanger le blues aux sons rauques de Gato Barbieri et Pharoah Sanders. Je les adorais et je savais qu’il en était de même pour Don Cherry. La musique de Don t’accueille : tu es dans le ventre de ta mère, tu n’as besoin de rien, tout se passe facilement. Lors de l’enregistrement, les vibrations étaient positives, nous étions tous solidaires, encouragés par Don. Dans une de ses compositions, je ne trouvais pas ma place et Don m’a conseillé de me sentir comme un grand oiseau qui survole la plaine. A la prise suivante, c’était parfait. Don m’a offert une vision des choses qui m’a beaucoup aidé. Une vision que je connaissais pour avoir écouté Coltrane avec le disque Expression. Je ne sais pas comment a fait Don pour retrouver l’intensité de Trane, mais il l’a fait. Quelle chance pour moi ! ».

 

 

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FRANK LOWE

The Flam

(Black Saint 120005 / Dam)

« Un producteur m’a proposé de d’enregistrer avec Johnny Dyani et Don Cherry mais ce dernier m’a conseillé d’être patient car il voulait me faire rencontrer d’autres producteurs. J’étais perplexe. J’ai attendu parce que Don me l’a demandé mais j’étais inquiet. Finalement, j’ai obéi et c’était une bénédiction car avec Black Saint, puis plus tard avec Soul Note, tout s’est merveilleusement bien passé ».

 

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FRANK LOWE

Tricks Of The Trade (Marge 02 / Marge)

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FRANK LOWE

The Other Side (Palm LP)

« C’est la première fois que j’avais un groupe à mon nom en Europe. C’est Gérard Terronès qui a organisé la tournée et j’ai proposé à Lawrence Butch Morris de venir avec moi. Je connaissais George Brown parce qu’il jouait souvent avec Alice Coltrane quand elle passait à Détroit. C’est un musicien assez étrange. C’est Gérard qui m’a recommandé à Didier Levallet et il cadrait parfaitement avec ce que nous jouions. C’est un très bon souvenir ».

 

 

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FRANK LOWE & EUGENE CHADBOURNE

Don’t Punk Out (Emanem 4043)

« Eugene est totalement fou. Sur ce disque, j’ai essayé d’amener le concept de Lester Bowie, le feeling de Coleman Hawkins et d’Albert Ayler. J’avais entendu le duo Derek Bailey – Anthony Braxton sur le même label et j’avais proposé à Eugene de faire un peu la même chose, à savoir des pièces très courtes. Je voulais rejoindre la tradition de Ben Webster et Coleman Hawkins au minimalisme. Ne pas développer dans la longueur mais dans le phrasé et le son ; inclure quelque chose qui s’éloigne de Coltrane et qui s’engage vers quelque chose de plus ancien. Repenser la façon de poser le son, la note ».

 

 

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FRANK LOWE

Exotic Heartbreak (Soul Note 121032 / Dam)

« Addiction ain’t fiction évoque un retour vers Horace Silver. Récemment avec la pianiste Bertha Hope, nous avons fait une étude d’art Blakey avec ce même morceau. Je me fais un devoir d’enquêter sur les musiques avec lesquelles j’ai grandi. J’espère que les gens aimeront mais tant pis s’ils pensent que je reviens en arrière. Le fait de ne pas se sentir bopper ou hard-bopper ne doit pas nous empêcher de faire des recherches. Dans ce morceau, Coltrane, Ayler et Dolphy sont la tête mais le corps c’est Horace Silver ».

 

 

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FRANK LOWE

Short Tales (Bleu Regard 1959 / Dam)

« Nothing But Love, c’est comme une mélodie d’Albert Ayler ou de Pharoah Sanders. Ça vient du karma, ça vient de l’amour. C’est comme quand tout va bien, que le soleil te réchauffe. J’essaie de mettre de la joie et de l’esprit dans ma musique ».

 

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DISCOGRAPHIE COMPLETE

 

FRANK LOWE leader

Rashied Ali – Frank Lowe : Duo Exchange (Knitt Classic) 1973 CD

Black Beings (ESP) 1973 CD

Fresh (Black Lion) 1974 CD

The Flam (Black Saint) 1979 CD

Tricks of the Trade (Marge) 1976 CD

The Other Side (Palm) 1976 LP

Doctor Too Much (Kharma) 1977 LP

Lowe & Behold (Musicworks) 1977 LP

Frank Lowe – Eugene Chadbourne (Emanem) 1977 / 1999 CD

Skizoke (CJR) 1981 LP

Exotic Heartbeak (Soul Note) 1981 CD

Live from Soundscape (DIW) 1982 CD

The Jazz Doctors : Intensive Care (Cadillac) 1983 LP

Frank Lowe – Billy Bang – A.R. Penck : Isle in the Ocean (?) 1984 LP

Decision in Paradise (Soul Note) 1984 CD

Frank Lowe – Phillip Wilson : Out Of Nowhere (Ecstatic Peace) 1992 CD

Saxemble (Qwest) 1995 CD

Bodie & Souls (CIMP° 1995 CD

Lowe –Santacruz –Charles : After the Demon’s Leaving (AA) 1996 CD

Vision Blue (CIMP) 1997 CD

Soul Folks (No More Records) 1998 CD

One For Jazz (No More Records) 2000 CD

Lowe-Down & Blue (CIMP) 2002 CD

 

 

 

FRANL LOWE Sideman

Alice Coltrane : World Galaxy (Impulse) 1971 CD

Noah Howard : Live at the Village Vanguard (Intercord) 1972 LP

Don Cherry & Jazz Composers : Relativity Suite (JCOA) 1973 LP

Don Cherry : Brown Rice (A & M) 1975 CD

Jerome Cooper : Positions 369 (Kharma) 1977 LP

Phillip Wilson : Live at Moers Festival (Moers Music) 1978 LP

Billy Bang : Sweet Space (Anima) 1979 LP

Billy Bang : Outline n° 12 (Celluloid) 1982 LP

The Jazz Doctors : Intensive Care (Cadillac) 1983 LP

Butch Morris : Current Trends in Modern America (Sound Aspects) 1985 LP

Billy Bang : Valve n° 10 (Soul Note) 1988 CD

Jayne Cortez : Ewerywhere Drums (Bola Press) 1990 CD

Phillip Wilson : Project (Jazz Door) 1985/1991 CD

Steve Cohn : The Beggar and the Robot in the Diamonds (Pacific) 1986/1993 CD

Jayne Cortez : Cheerful & Optimistics (Bola Press) 1994 CD

Bernard Santacruz : Lattitude 44 (Bleu Regard) 1994 CD

Saxemble : Saxemble (Qwest) 1995 CD

Bernard Santacruz : After the Deamon’s Leaving (AA) 1996 CD

Jayne Cortez : Taking the Blues Back Home (Harmolodic) 1996 CD

Joe Mac Phee : Legend Street One (CIMP) 1996 CD

Joe Mac Phee : Legend Street Two (CIMP) 1996 CD

Billy Bang : Vietnam the Aftermath (Justin Time) 2000 CD

Jayne Cortez : Borders of Disorderly Time (Bola Press) 2003 CD

 

FRANK LOWE et la presse

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Impro Jazz n° 70 – novembre & décembre 2000

Blindford Test avec Bernard Santacruz

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EcouterVoir n° 128/129 – août/septembre 2002

Frank Lowe revient sur ses enregistrements

Photos : Serge Voisin, Bruno Barbier & Patrick Seguin