JAZZ ETC…  n° 1.

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Ce numéro est dédié à la mémoire du saxophoniste FRANK LOWE (1943 – 2003) dont nous venons d’apprendre le décès. Jazz Etc… reviendra sur la carrière de Frank dans une émission spéciale ce lundi 20 octobre dès 20h.

 

Le Jazz, c’est par où ?

 

«Le jazz, c’est par où ? ». C’était la question préférée d’un vieil ami musicien, lequel prenait un malin plaisir à chatouiller les spectateurs en train de prendre leur billet pour le concert du soir. Il y avait pas mal de malice, d’amusement et de gentille provocation dans cette interrogation. Aujourd’hui mon vieil ami a rejoint Trane, le grand Albert et tous les autres au paradis du jazz. Mais sur terre, le jazz, c’est par où ou plutôt c’est où ? Quelle direction prendre pour l’écouter et le voir évoluer ? Aujourd’hui, on l’apprend dans les écoles et dans les conservatoires. Le résultat est le plus souvent désastreux ; pales copies d’un jazz rabâché jusqu’à l’abrutissement le plus total. Mais leur a-t-on dit, à ces jeunes musiciens, que le jazz ne s’était pas arrêté avec John Coltrane ? Récemment, un éminent critique et animateur de radio posait cette question : « le jazz européen, renouveau ou impasse ? » et regrettait que le jazz ne possède plus de personnalité aussi forte que John Coltrane. Le terme de « génie », même si non employé à cette occasion, pointait « un peu sa corne », comme le dit si bien Nougaro. On voit donc où se situe le débat.

Le jazz donc. Où l’écouter ? En direct, cela semble indispensable. En France, il existe une vingtaine de club qui ont su se regrouper et faire ainsi exister la «fédération des scènes de jazz et de musique improvisée ». Avec peu de moyens, la plupart d’entre eux nous proposent une programmation singulière, attachante et pertinente. C’est le cas dans notre région de l’AJMI en Avignon, de Charlie Free à Vitrolles, du Cri du Port à Marseille ou d’Archipel à Lauret (tout près de Montpellier). Il existe par ailleurs de nombreux festivals : un peu plus de 200 pour la seule année 2003. Mais sur ces 200, lesquels sont en prise directe avec la création actuelle (qu’elle soit jazz ou pas) ?

Le jazz donc. L’objet disque. On se plaignait, il y a quelques années, de voir fleurir trop de productions jazz ou assimilées. Pense-t-on le même chose aujourd’hui ? Les grandes majors ont depuis longtemps délaissé leur catalogue jazz. Les labels indépendants produisent des disques magnifiques mais ne trouvent pas de distributeurs. Les disquaires ont quasiment tous disparus (deux disquaires spécialisés sur le territoire français et c’est tout !).

Que dire de la presse, de la télévision ou de la radio. Quelques entrefilets (le plus souvent malheureux pour ne pas dire risibles) et là aussi, c’est tout !

Le jazz donc. Ses musiques. Ses musiciens. Même si peu relayés par les médias, musiciennes et musiciens, s’emploient aujourd’hui à produire des musiques inouïes et singulières. C’est d’ailleurs pour cela que Jazz Etc existe, pour que ces créateurs soient entendus. De plus en plus, ici et là, fleurissent des îlots de résistance, des émissions de radio, des revues engagées, des sites Internet, des tréteaux résistants. C’est l’histoire de passionnés qui prennent de leur temps et de leur énergie pour nous offrir ces musiques que l’on n’entend nulle part ailleurs. On ne les remerciera jamais assez.

« Le jazz c’est par où ? ». Le débat reste ouvert.