JAZZ ETC…  n° 3.

Le disque est en crise (maudits pirates !)

Tel est le cri d’alerte que lancent aujourd’hui labels et distributeurs, les artistes restant étonnement muets sur le sujet. Au Etats-Unis, Universal a choisi de baisser le prix de ses CD de 25 à 30 %. En France, on ressort le vieux marronnier de la baisse sur la TVA, oubliant que la baisse de cette dernière (de 33,3 % à 19,6 %), il y a quelques années, n’avait fait en aucune manière baisser le prix du disque, bien au contraire.

Le coupable est évidemment tout désigné : le pirate ! Celui qui télécharge ses morceaux préférés sur Internet, celui qui grave sans vergogne les disques de ses amis. Facile raccourci, évidemment, tant il est prouvé que si le pirate grave beaucoup de disques, il en achète toujours autant, sinon plus.

Après une petite enquête menée auprès des labels et distributeurs des musiques qui nous concerne, il est, là aussi, prouvé que l’heure n’est pas à la franche rigolade, puisqu’on constate une baisse de 10 à 20 % des ventes par rapport à l’année précédente. Le coupable ? Le pirate de nouveau, ce hors-la-loi qui toutes les nuits télécharge les derniers disques de Peter Brötzman, David S. Ware et Sun Ra (ces artistes sont-ils présents sur les sites de téléchargement ? Chers pirates, merci d’éclairer ma lanterne). Soyons sérieux, le problème n’est évidemment pas là. Le problème (entre autres) est bien sûr dans la visibilité de ces musiques. Où trouver ces disques depuis que les disquaires ont disparu ? Si vous habitez la Lozère, il ne sera pas facile de trouver le dernier disque des Remote Viewers, mais la même chose risque de se produire si vous habitez Marseille. De la même manière, la presse spécialisée boycotte régulièrement les musiques improvisées et de plus en plus de labels sont avares en service de presse. Comment voulez-vous donc que l’information arrive à l’intéressé ? Heureusement certains distributeurs consciencieux proposent aujourd’hui leurs catalogues en VPC (les catalogues Impro Jazz, Metamkine et Orkhêtstra sont des modèles du genre). Les musiciens eux-mêmes, déçus du peu de promotion fait par les maisons de disques, n’hésitent pas à auto-produire leurs disques, le CDR facilitant, il est vrai, grandement la tâche.

Amis pirates, il n’est pas inutile de donner votre avis. Promis, juré, nous ne dévoilerons pas votre identité. A vous de jouer.

 

 

Luc Bouquet.

 

 

PS. J’ai réalisé récemment une enquête sur le piratage pour le magazine Impro Jazz. 96 % des musiciens interrogés ont déclaré être favorable à cette pratique et même à l’encourager. Etonnant, non ?