LA DECOUVERTE DU MOIS

Bernard Jean

BERNARD JEAN

On Both Sides

Maël Records 8401

 

CANOVAS.jpg (45174 octets) 

PHILIPPE CANOVAS

Contres favorables

www.freqjazz.com

Guillaumeséguron.gif (7384 octets)

GUILLAUME SEGURON

Witches

AjmiSéries 06 – Harmonia Mundi

 

Les improvisateurs ont supplanté les papes dans la ville d’Avignon. Qui s’en plaindrait ?

 

On Both Side est le second disque de Bernard Jean après le très prometteur chemin de Sabia (Toufou 1307). A l’œuvre ici, quintet, duo et sextet. Si Christine’s Song, thème funky en sextet gagnerait à plus d’articulation, les deux duos piano-vibraphone réjouissent les papilles auditives. Ciseleurs de mélodies (le très fuyant Mélodie pour Laure et Maël et le plus obsessionnel Brothers of Land), Bernard Jean et Perrine Mansuy jouent à cache-cache, s’autorisant parfois quelques belles et élégantes échappées (magnifique ampleur, résonance et sensibilité de la pianiste). Les trois thèmes en quintet (l’un est dédié à Don Byron, l’autre à Ralph Peterson) masquent mal la révérence faite au M’Base Collective et à maître Bobby Hutcherson. Trois puzzle-tableaux d’où s’échappent la grave et le groove de Laure Donnat (le sombre éclairage de son chant dans Keep An Eye On The Moon n’est pas sans évoquer Linda Sharrock), les tourbillons et volutes de Sébastien Texier, les rondeurs et facéties de Bernard Santacruz et Gildas Etevenard, parfaits dans leurs rôles d’architectes bienveillants. On attend la(les) suite(s) avec impatience.

On retrouve Perrine Mansuy et Bernard Santacruz dans le premier enregistrement de Philippe Canovas, guitariste discret et fin mélodiste. Sens des espaces (tête en l’air), compositions aux multiples facettes (tête en l’air de nouveau), sobriété du trait (contre favorable), sûreté de l’articulation (le trou du pull), Contres Favorables est le genre de disque qui prend le temps (et le risque) de s’attarder et de traîner. Sur une histoire, une mélodie, un simple arpège. C’est l’histoire d’une absence d’ego, c’est l’histoire d’une musique collective, généreuse à souhait. Ce sont des libertés surprenantes (Perrine Mansuy magnifique), des espaces constructeurs que l’on retrouve parfois dans certains enregistrements de John Abercrombie, Bill Frisell ou Kenny Wheeler (je pense ici au magnifique Angel Song). Un quintet à suivre de très près.

Nino Rota aimait à trouver de nouvelles mélodies de ses anciennes. Recyclage ? Pas si sûr que ça ! Guillaume Séguron a-t-il agi de même à propos des thèmes de Police, Sting ou Stewart Copeland (compositeur méconnu) qui forment la majorité de Witches, son premier disque en leader ? Soit, se servir des zones d’ombres, des détails dissimulés (et la pop music en regorge !) de l’original pour élaborer une nouvelle œuvre, laissant de côté l’effet « rengaine » de la composition initiale (voir comment est subtilement réorganisé Don’t Stand So Close To Me). Bref, aller à la recherche du sens caché, œuvre d’archéologue curieux en quelque sorte. L’un des mérites du contrebassiste est d’avoir balayé les titres les plus connus du trio londonien et d’y avoir préféré quelques perles plus rares. Autre vertu et non des moindres de ce disque ; la diversité des climats (on peut se lasser assez vite du beat de Wrapped Around Your Finger, puis se laisser gagner quelques secondes plus tard, par les brumes de Don’t Stand So close To Me). Witches, c’est aussi l’occasion de retrouver la force (perdue ?) des cymbales charleston (Eric Echampard, à l’aise comme une gardon dans l’eau), la diversité des timbres de Laure Donnat, les invitations lapidaires de Rémi Charmasson et l’assurance discrète du leader. Mais qu’en dit la Police ?

 

L'INTERVIEW

 

RENCONTRE avec PHILIPPE CANOVAS (guitariste)

 

PARCOURS

Du plus ancien que je me souvienne, la musique a toujours fait partie de mon quotidien, mon père était un mélomane et un musicien complètement autodidacte, il aimait se mettre au piano et interpréter des œuvres du répertoire classique ; il possédait aussi une importante discothèque. De ce fait, j’ai été bercé par Bach, Chopin, Miles Davis, Wes Montgomery entre autres, sans savoir de quoi ou de qui il s’agissait mais je pense que ceci a contribué au fait que je sois musicien aujourd’hui.

En matière de jazz, mes premiers coups de foudre furent Bill Evans, Wayne Shorter et les interprétations de Toquinho et Vinicius de Moraes du répertoire de Jobim. Ce sont les premières musiques que j’essayais de reproduire mais aussi de comprendre. Rapidement l’envie de transforma en passion. En 1989, je décide d’étudier la musique et je pars pour Nancy pour y suivre une formation professionnelle. C’est au CMCN que je connais mes premières expériences de groupes, de scènes et surtout que j’ai la possibilité de rencontrer (stages) des grands musiciens comme Dave Liebman, John Scofield, Bill Frisell. Je décide alors de monter mon propre groupe pour jouer mes premières compositions. Depuis 1995, je participe activement à de nombreux projets : chanson française avec Pascal Parisot, musique brésilienne avec Guarana, poésie et musique improvisée avec André Verdet et le Bacca Workshop, Big Band Voies Mêlées, composition et direction avec Andy Emler et Passades, composé et dirigé par Louis Sclavis.

CONTRE FAVORABLES

Je songeais depuis longtemps écrire pour un groupe de musiciens qui me correspond par affinités, concerné tant humainement que musicalement par la réalisation d’un projet « artistique ».

Jean-Marc Baccarini ainsi que Christian Mariotto font partie de mon histoire. De ma rencontre avec Perrine Mansuy, s’ensuivit la certitude qu’elle correspondait parfaitement à l’image musicale du projet, elle sait illustrer mes conceptions harmoniques tout en restant fidèle à son univers ; sa présence et sa participation à ce projet me sont précieuses. J’ai eu la chance de travailler au cours de ces deux dernières années avec Bernard Santacruz ; c’est un musicien dont j’apprécie les qualités humaines qui sont énormes et indissociables de ce qu’il est musicalement, son expérience, ce qu’il cherche dans la musique interpellait l’essence du projet.

Le groupe, réuni, après quelques répétitions et un concert, nous sommes rentrés pour deux jours en studio d’enregistrement, sans attendre de résultat particulier. Ce n’est qu’après que nous sommes tombés d’accord pour que cet enregistrement devienne un vrai disque. Voilà.

Petite explication de « contres favorables » : je vois ça comme une façon d’avancer au sens large mais cela peut aussi avoir d’autres significations : une certaine volonté d’affirmer une démarche, de justifier une dissonance, d’exploiter les différences, les divergences, les obstacles, a être ce que l’on est et à faire ce que l’on sait (c’est tellement d’actualité), je reste poli !

UNE MANIERE DIFFERENTE DE L’ARTICULER

C’est ce qui se passe dans tête en l’air, un mouvement thématique, ouvert, libre, puis une autre écriture plus serrée, qui donne corps à une mélodie plus facilement identifiable, c’était l’idée. Ceci dit, il y a dans cette phrase une allusion à mon expérience d’apprenti guitariste, même si cela est anecdotique, c’est ma façon de dire à certains pédagogues que le doute est un vecteur de progrès et qu’il est dangereux de remplacer la confiance en soi par des certitudes.

LE TROU DU PULL

J’aime bien les mots !

STUDIO LAKANAL

Boris Darley est accueillant, compétent, disponible, souriant, c’est rarissime ! ! !

PROJETS

Jouer avec ce groupe !

Concert avec Creative Lab, musique improvisée qui marche à l’électricité le 29 novembre 2003, théâtre Georges Brassens, on compte sur vous et EDF sur nous.

Enregistrement d’un duo de guitare début décembre avec Linus Olsson.

Gagner de l’argent pour acheter un voilier et emporter des disques sur une île déserte.

DISQUES A EMPORTER SUR L’ILE DESERTE

J’ai pas encore de bateau !

DISQUES A NE PAS EMPOTER SUR L’ILE DESERTE

Je te dis que je n’ai pas de bateau ! ! ! !

MERCI  PHILIPPE CANOVAS

 

 

Interview Guillaume Séguron

Balises – Influences

…une liste de musiciens, de cinéastes, de peintres, d’écrivains…des livres, des disques, des peintures…en fait l’expérience émotionnelle que je me fais de la création d’autrui. Il y a aussi tous ces gens. Les enseignants avec lesquels j’ai appris, les musiciens avec lesquels j’ai travaillé, ceux avec lesquels je fais de la musique. Et toutes ces choses qui occupent l’existence…J’en oublie certainement.

 

Witches

Un premier disque. Un travail collectif. Mais avant tout pour moi c’est Laure, Rémi, Eric, l’amitié et la confiance de tous ceux qui m’ont aidé à le réaliser.

 

Guillaume Séguron et le culte de la 2CV

Il y a une dizaine d’années, je suis allé jouer à Milhau. Je n’avais pas de voiture mais le saxophoniste avait une 2 CV. Pour mettre la contrebasse nous avions enlevé la capote. L’autoroute n’existait pas et c’était au mois de mars…

 

Your Dress Was Not Red

C’est un thème que j’avais écrit un ou deux ans avant. Il est rentré dans le répertoire à cause du titre. A cause de « Roxanne » qui marche sur des lumières rouges. Laure a écrit des paroles qui tournent autour de cette image.

 

Studio Lakanal

Un endroit rare et précieux par la qualité des trois personnes qui le font vivre. Boris est un grand ami.

 

Projets.

Witches. Le trio avec Philippe Deschepper et Denis Fournier, celui avec René Bottlang et Samuel Silvant, l’orchestre que François Raulin a monté pour la création du spectacle « le sourire au pied de l’échelle », voilà pour les projets d’enregistrements ou de disque.
Approfondir les relations existantes, rencontrer, essayer encore et encore de trouver les moyens de réaliser quelques autres intuitions…

 

Disque(s) à emporter sur l’île déserte

Bitches Brew ! ! !

 

Disque(s) à ne pas emporter sur l’île déserte.

Stiil Live de Keith Jarrett avec Gary Peacock et Jack De Johnette. Le Voyage de Paul Motian avec Charles Brackeen et J.F. Avec quelques autres ; So de Peter Gabriel par exemple, ce sont des disques que je connais assez bien. Je les ai vraiment en moi, alors peut-être qu’au moment de partir, ils ne seront pas indispensables…

 

MERCI GUILLAUME SEGURON