JAZZ ETC…  n° 4.

COURT INTERMEDE SUR L’ART DEBRIS

 

Dans le numéro 100 d’Impro Jazz, notre ami Marc Sarrazy s’interroge sur l’une des tendances actuelles des musiques improvisées qui consiste à refuser la notion de jeu instrumental au profit des bruits parasites, qu’ils soient instrumentaux ou non. Marc n’y va pas avec le dos de la cuillère : « vous n’en avez pas ras le bol de bouffer la même merde depuis dix ans ? Hé, ils avaient dit exploser les structures pour libérer la musique, non ? ! Or, sous prétexte de non-mélodie, d’a-musical, d’anticommercialisme, sous prétexte de musiques improvisées, on nous balance des kilos de fientes bruitistes ! ». Force est de reconnaître que le coup de gueule de Marc, partagé par certains, aura au moins permis de délier les langues (les réponses seront publiées dans le numéro 101). Marc a totalement raison quand il écrit que le carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch ou l’urinoir de Marcel Duchamp (1915 pour l’un, 1917 pour l’autre) font partie du passé. Aujourd’hui, nombre de musiques improvisées ne dépassent pas le stade du raclement et de l’effleurement. La plupart des musiciens qui pratiquent ces musiques ont depuis longtemps rompu avec l’anticommercialisme, l’a-musical et la non-mélodie. Pourquoi se radicalisent-ils ainsi de la sorte ? Le pouvoir on le sait déteste l’art et les représentations qui lui échappent (la lutte des intermittents aura au moins eu ce mérite de le dévoiler au grand jour cet été), la pensée unique gagne du terrain chaque jour, bientôt l’individu n’aura plus que le choix de consommer, écouter, regarder, que ce que le société de masse des loisirs lui aura permis. Un big brother soft en somme ! Faut-il pour cela renier ceux qui nous ont construits ? Faut-il ainsi renier Duke Ellington, Jelly Roll Morton, John Coltrane, Charles Mingus, Charlie Parker, le grand Albert et tous les autres ? Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’est devenu le monde du jazz aujourd’hui : une grande foire commerciale dominée par des majors dont le seul but est de nous vendre des tonnes de Norah Jones, Diana Krall et consorts. Existe-t-il une réponse face à cette surenchère du n’importe quoi ? Créer son propre monde et refuser l’autre, celui pitoyable de la mondialisation ? L’enjeu est beaucoup plus complexe que cela. Il ne s’agit pas de choisir entre la résistance et l’abandon. Il s’agit de s’impliquer et cela, on le peut autant sur une grille d'accord que sur un racloir sonorisé, puisqu’on le sait la qualité d’une musique dépend en grande partie de l’intention et de l’implication de son créateur. La forme, l’esthétique ne sont alors que secondaires. Il est des ratages bien plus beaux qu’une œuvre parfaitement cohérente et réussie. Nous l’oublions trop souvent !

Le débat reste bien entendu ouvert et en attendant je vous souhaite à toutes et à tous de joyeuses fêtes de fin d’année.

 

 

Luc Bouquet.

 

P.S. Vous verrez, ça ira mieux l’année prochaine !