JAZZ ETC…  n° 15

DANS LA JOIE (ET LA PEUR), TU TELECHARGERAS

 

Le Forum proposé par les Allumés du Jazz le 6 et 7 janvier dernier autour de la crise du disque aura au moins eu ce mérite de faire se rencontrer quelques-uns des différents acteurs concernés (musiciens, producteurs, distributeurs, journalistes, politiques) et d’aborder quelques sujets brûlants tels que les nouvelles technologies, la presse, la distribution et l’évolution de l’industrie musicale.

Le téléchargement était bien évidemment au centre du débat. Pour certains, le téléchargement illégal représente 25 % de la chute des ventes de disques. D’autres, plus prudents affirment que cela ne représente que 2 %. Cherchez l’erreur. Les syndicats de producteurs (SNEP, SCPP…) et les Majors prônent la répression. Les sociétés civiles (SPEDIDAM, ADAMI) préfèrent plancher sur la mise en place d’un code DRM qui permettrait de savoir quels sont les auteurs, compositeurs et producteurs de l’œuvre téléchargée pour mieux rétribuer ces derniers. Mais cette mise en place prenant du temps, ils proposent d’étendre le concept de licence légale aux fichiers musicaux, c’est à dire utiliser une redevance qui existe depuis 1985 et qui taxe les supports vierges (CD, DVD…). Signalons que 25 % de ces recettes se doivent d’être réinvesties dans la création et la diffusion artistique. Plutôt que de taxer le téléchargement en lui-même, les sociétés civiles proposent de taxer le fournisseur d’accès d’un euro supplémentaire, lequel sera reversé à ces mêmes sociétés civiles qui auront en charge de répartir l’argent proportionnellement aux ayant droits. La SACEM préfère faire le distinguo entre les pirates de masse (plus de mille usines de pressages illégales existeraient dans le monde) et le piratage dit culturel.

Le 2 février dernier, soit un mois après le forum des Allumés, un internaute français accusé de piratage et d’échange sur le Net se voyait condamné à 3000 euros avec sursis et 10 200 euros de dommage et intérêts pour avoir mis à la disposition des internautes quelques 10 000 morceaux. Aussitôt, le Nouvel Observateur lançait un « appel aux artistes contre la répression des pirates sur le Net » et proposait une pétition signée entre autres par Keren Ann, Manu Chao, Dominique A et Jeanne Cherhal qui aurait déjà recueilli plus de 30 000 signatures. Cette pétition répondait aussi à la campagne publicitaire impulsée par les Majors, qui avec l’appui d’artistes tels qu’Eddy Mitchell, Renaud, Zazie, Louis Chedid ou Véronique Sanson, imploraient : téléchargez-nous légalement. D’un autre côté la SPEDIDAM proposait elle aussi sa pétition. On le voit le débat n’est pas fini.

Mais revenons au jazz et aux musiques improvisées. Nous avons appris dans ce forum deux choses qui nous paraissent essentielles : d’une part que la qualité du signal audio des fichiers MP3 est de bien moindre qualité que celle d’un Compact Disc et d’autre part, que l’on ne trouve nulle part sur le Net, les œuvres des artistes indépendants des Allumés du Jazz (et sans nul doute des autres artistes internationaux œuvrant dans cette esthétique). Il aurait peut-être fallu commencer par cela ! ! ! ! !

Quoiqu’il en soit, Les Allumés du Jazz et le Ministère de la Culture planchent actuellement à la mise en place d’une plate forme de téléchargement qui permettrait à ces musiciens d’être visibles et téléchargeables sur la toile. Wait and see.

 

Luc Bouquet.

 

 

PS. Pendant ce temps, nombre de musiciens (et non des moindres : en gros, la plupart de celles et ceux que vous écoutez régulièrement dans Jazz Etc…) perdaient leur statut d’intermittent et rejoignaient les rangs du RMI. Triste printemps.